-Elie, il est 19h, la bibliothèque
va fermer ! T’en as pas marre de passer tes
journées ici ?
-Tiens, tu t’es fait embaucher ici
pour être chargé de virer les
retardataires ?
Il
éclata de rire et daigna enfin me dire bonjour en
déposant un petit baiser sur mes lèvres. Il prit
place sur la chaise la plus proche et attrapa l’un des
nombreux livres qui m’entouraient.
-«
Les grands conflits du XXème siècle
à travers le monde » énonça-t-il en
jetant un œil à la couverture. C’est le sujet de
ton prochain article ? Passionnant.
-C’est ça moque toi,
maugréai-je en m’étirant. J’en peux plus,
j’ai effectivement passé la journée
ici.
Je
décidais d’ignorer son sourire moqueur mais
terriblement craquant.
-Mon patron veut « un article
profond et recherché sur les attentats aux Etat Unis et en
Europe ». Il a fortement sous-entendu qu’il le
voulait pour lundi matin. J’t’en foutrais du profond et
du recherché… ajoutai-je en lançant un regard
de dégoût à mon
brouillon.
Je
remarquais l’air courroucé d’un vieil homme
assis à quelques mètres de moi. Je lui fis un sourire
d’excuse qui ne sembla en rien me pardonner car il se leva,
prit son livre sous le bras et partit d’une démarche
claudicante.
-Sur un autre ton jeune fille, tu fais
fuir tout le monde ! plaisanta
Donovan.
-Don’, je te conseille de la boucler
et de m’inviter à boire un café si tu ne veux
pas recevoir violemment ma main sur ta
joue.
-A vos ordres princesse ! dit-il en
bondissant de son siège et en se mettant au garde à
vous.
Nous
quittions ce lieu d’apprentissage silencieux en se faisant
fusiller du regard par la bibliothécaire. Je me disais que
finalement ce n’était pas mon ton grincheux qui avait
pressé le départ du vieil homme, mais plutôt
mon look. Les vieux jeu ont toujours du mal à accepter mon
maquillage noir et mes collants
effilés.
Plus
tard, nous étions chez moi devant la télé en
train de jouer comme des gosses. Pour notre défense, cette
bataille de polochon avait pour but de nous faire patienter avant
l’arrivée du livreur de pizzas. Alors que je recevais
l’oreiller de Donovan en pleine tête, la sonnette de la
porte d’entrée retentit.
-J’y vais, m’exclamai-je,
affamée.
-C’est ça défile
toi ! C’est parce que j’étais en train de
te massacrer hein !
Je lui
tirais la langue avec beaucoup de maturité et courais
à l’entrée pour éviter le jet de
coussins de mon ami. Je pensais que les pizzas le persuaderaient de
m’épargner, mais ce n’était pas le
livreur, c’était Jade.
-D’abord Don’ qui devient
bibliothécaire, ensuite toi qui travaille chez Pizza
Hut ? déclarai-je sans autre préambule en
ouvrant la porte.
-Moi aussi je vais bien merci !
répliqua la jolie brune devant moi.
Puis la
voix de Donovan nous parvint du salon.
-Elie j’espère qu’il
est mignon le livreur pour que t’y mettes autant de
temps ! J’ai la dalle
moi !
-Hééé mais je drague
pas à chaque fois ! me défendis-je en
me tournant vers Jade.
Elle me
fit un sourire complice, je compris tout de suite ce qu’elle
avait en tête. Je la pris par la main et la conduisis vers le
salon. Une fois sur place, elle encercla ma taille de son bras et
dit :
-Ben tu vois Don’, ça marche
parfois de draguer le livreur de pizzas.
Puis
elle m’embrassa fougueusement sous le regard
médusé de Donovan. Quelques secondes plus tard nous
nous détachâmes l’une de
l’autre.
-Hé ! Mais vous arrêtez
pas pour moi les filles, faites comme si j’étais pas
là !
-Pervers ! s’écriâmes nous en
cœur.